Peter Doherty rallume la flamme du Bataclan

Alors que la foule est en place, dense et dissipée, Peter Doherty fait son entrée sur scène. Comme à son habitude, il est entouré d’une joyeux bande, cette-fois ci appelée les Puta Madres, et comme à son habitude, il est passablement éméché. Une jeune femme vêtue de rouge qui entonnera un peu plus tard une sorte de slam accompagné par Peter à la guitare, se plante avec aplomb devant le micro. Elle demande une minute de silence pour les victimes et leurs familles. Le silence recouvre instantanément la salle. Le concert démarre par la Marseillaise accompagnée d’un violon. Je ne me souviens pas l’avoir jamais chantée à l’unisson. Aujourd’hui, cet hymne à du sens et il est porté avec émoi par une salle qui se souvient de cette soirée noire comme si c’était hier. On ne peut pas ne pas y penser. Chacun se remémore forcément des choses. Comment ? Pourquoi ? L’émotion est palpable mais elle est aussi à l’image de cet hurluberlu qui gigote sur scène avec ses bretelles et sa panse qui ne fait qu’enfler année après année. C’est une émotion joyeuse et décadente. Les couleurs bleu, blanc, rouge de Big Ben sont à l’heure française. L’impression de foule sur scène me rappelle des images du Velvet Underground ou d’Edward Sharpe et sa bande. Il s’agit là d’un gros doigt d’honneur à la bienséance. Mon voisin près du bar me dira que c’est la normalité pour lui. Le set s’enchaîne de façon chaotique. Doherty titube, s’allonge, enlace le mannequin qu’il balancera un peu plus tard dans la foule, tout comme son micro, à de nombreuses reprises récupéré par un technicien. Ce titi adoptif qui a écumé les rues de la capitale et traîné dans des troquets – à l’image du Bergerac rue Notre Dame de Lorette – enchaîne quelques hommages approximatifs à Oasis ou à Brassens avec « Les Copains d’Abord ». Il alterne des vieux morceaux entonnés par le Bataclan et en bredouille des nouveaux, toujours accompagné par les musiciens attentifs et les deux danseuses qui viennent parsemer les balades par des petits pas de chat gracieux. Un peu partout dans la salle, des groupes d’amis se prennent en photo et chantent à tue-tête en se prenant par les épaules. Les sourires sont partout. Le concert se termine sans rappel, peut-être la seule fois où j’aurais aimé en avoir un, et avec un drapeau français ondulant de mains en mains levées dans la salle. Un resquilleur éméché tire dessus. Doherty le regarde en levant ses poings avec une mine de Popey. Tout rentre dans l’ordre. Paris est une fête. Et le rock’n’roll vous salue bien bas.

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