Linda Fali du mouvement Ni Putes Ni Soumises

Nous avons retrouvé Linda en terrasse et lui avons posé quelques questions sur elle et sur le mouvement Ni Putes Ni Soumises. Elle nous a parlé avec enthousiasme de son parcours, des quartiers et de son engagement citoyen. Loin des discours tout faits, cette jeune femme de 38 ans nous a confié sa vision du quotidien tel qu’il est vécu par une partie de la population souvent oubliée.

UN PARCOURS RICHE EN EXPERIENCES

Linda est née et a vécu 23 ans de sa vie à Argenteuil. A 17 ans, elle passe son BAFA et commence l’animation avec les jeunes, une activité qui l’accompagnera tout au long de sa vie. Sentant qu’il y a énormément de choses à faire pour l’animation populaire et la jeunesse des quartiers, elle développe au fil du temps de nombreux projets pour d’autres villes comme les Mureaux, Malakoff ou encore Fontenay aux Roses et devient directrice de centres, ajoutant ainsi une dimension politique à son approche éducative. Elle prend ensuite un poste de secrétaire médico-social dans un centre psychologique pour enfants et adolescents. Une expérience de 10 ans qui lui permettra de se rendre compte de l’existence de nombreux problèmes, notamment liés au soutien scolaire et à la rééducation. Après une formation de conseillère familiale et conjugale et la confrontation à d’autres problèmes comme la contraception, la sexualité, les avortements ou encore les difficultés conjugales, elle décide de monter sa propre structure de formation, Pas A Pas (prévention action sociale auprès des parents et des adolescents).

L’EVEIL DE LA CONSCIENCE CITOYENNE

Linda a grandi en ZUS (zone urbaine sensible), en ZUP (zone à urbaniser en priorité), « tous ces noms qu’on change au fur et à mesure mais qui veulent tous dire la même chose ». A l’heure où l’on parle beaucoup des politiques de la ville, elle avoue avoir eu de la chance, notamment grâce au système d’école ouverte qui lui a permis d’avoir un accès privilégié à la culture et de se forger très vite une conscience citoyenne. Au lycée, Linda fût ainsi marquée par un professeur d’histoire qui a su lui expliquer l’inégalité, un concept qu’elle n’avait jamais vraiment envisagé : « Mon désir de comprendre la société et d’aller toujours plus loin viennent vraiment de ce prof-là. L’envie de creuser et de ne pas regarder le côté superficiel des choses. »

L’ENGAGEMENT AU SEIN DU MOUVEMENT NI PUTES NI SOUMISES

Déjà engagée dans l’éducation populaire depuis un bon moment, Linda tombe un jour sur un tract pour la première université de Ni Putes Ni Soumises, un week-end auquel elle décide de se rendre sans connaître personne. Ce sera sa première claque. C’était en 2003. « Le discours m’a amenée loin, il m’a fait rêver.  Aujourd’hui, on reproche aux politiques de « vendre du rêve », mais s’il y avait vraiment du rêve, les gens iraient voter. Par « rêve », j’entends des vrais discours, des choses qui te portent, qui donnent envie de s’engager. Pas forcément que du concret, mais, sans oublier le terrain, ce fameux discours avec des mots importants.»`

En trouvant une réelle réponse à ses attentes citoyennes dans le discours de Fadela Amara, créatrice et présidente du mouvement à l’époque, Linda, qui n’est politiquement encartée nulle part, décide très rapidement de s’engager en créant à la fois un comité dans sa ville et en collaborant également avec le bureau national.
Au fil du temps et de son engagement dans l’association, Linda se rend compte qu’il faut une vraie volonté politique pour faire changer les choses, qu’il ne suffit pas d’une loi, mais que les mentalités doivent suivre. La politique l’intéresse de plus en plus, même si elle se rend compte rapidement qu’il faut y faire ses armes dans un milieu très standardisé par des éléments de langages et des gens qui sortent tous de la même école. Elle estime qu’il faudrait davantage intégrer aux différents cabinets des citoyens qui sont en contact avec la réalité du quotidien, ceci pour insuffler de l’authenticité dans les discours.


LE FEMINISME SELON NI PUTES NI SOUMISES

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Le discours de Ni Putes Ni Soumises est un discours féministe populaire basé sur des observations très concrètes. L’association n’a pas fait du lobbying son cheval de bataille. Sa particularité est de fonctionner comme une plateforme, au plus près des inégalités dont les femmes sont victimes, des inégalités qui sont pointées directement par les personnes qui viennent voir les militants pour leur faire part de leurs problèmes. Deux sujets majeurs sont soulevés par Linda au cours de notre conversation : les transports et le logement.

La liberté de circulation prend une place prépondérante dans son discours. C’est pour elle la condition sine qua non à l’émancipation des femmes. La faible densité du réseau de transport dans certains quartiers a cet effet qu’il enclave certains territoires et qu’il développe de l’insécurité.

Deuxième problème majeur pour ces femmes qui viennent chercher de l’aide auprès de la structure : le logement d’urgence. Malgré les campagnes de prévention qui sont faites contre les violences à l’égard des femmes, les solutions d’hébergement temporaires ne semblent pas assez développées dans les grandes villes et à Paris pour accueillir les personnes qui sont dans le besoin. « On ne peut pas dire aux femmes victimes de violences de partir de chez elles si on n’a pas de solutions à leur proposer derrière…»

DE LA MIXITE POUR AVANCER

Au-delà du féminisme, on entend dans le discours de Linda quelque chose qui va beaucoup plus loin que notre propre définition du terme. Un discours d’égalité qui est en accord avec des thématiques comme le harcèlement ou la parité et qui agit bien évidemment contre les violences conjugales, les viols ou les mariages arrangés. Mais le féminisme qui a le plus d’importance dans tout cela est ce que Linda qualifie de « féminisme d’urgence », un travail quotidien qui s’attache à agir sur les conséquences d’une crise omniprésente et d’une société qui avance tranquillement en laissant certaines personnes sur le carreau. Un réel travail doit être fait sur l’égalité et la mixité, sans quoi, rien ne pourra avancer.

« Il y a un féminisme qui nous a apporté énormément de choses, mais aujourd’hui, il y en a un autre qui doit arriver et être insufflé par les quartiers pour coller à une réalité. S’il n’y pas de mixité homme/femme ou sociale, il n’y a pas d’ouverture sur le monde. S’il n’y a pas d’ouverture sur le monde, il y a du communautarisme. Si tu es dans du communautarisme, tu ne sais pas là où ça peut te mener. »

Une vraie ouverture semble nécessaire pour faire avancer les choses. Au niveau du logement, de l’école, de la politique, de la télévision. Dans les médias, l’identification des jeunes est très compliquée dès lors où l’on montre soit le stéréotype des jeunes de banlieue soit les bacs +10. Alors qu’une très large majorité des jeunes de quartier se situent dans l’entre-deux, et qu’ils ne sont pas montrés. Il est également nécessaire de montrer davantage le visage des associations laïques et républicaines au lieu de marteler un discours stérile qui ne tourne qu’autour de la religion.

A l’heure où le féminisme est davantage médiatisé pour ses actions coups de poing, notamment par le visage des Femen, Linda nous confirme que le mouvement Ni Putes Ni Soumises n’ira jamais dans ce sens, même si nous sommes aujourd’hui dans une société du buzz, du zapping et que les messages passent certainement mieux en choquant. Le travail de cette passionnée, de tous les militants et de nombreux travailleurs sociaux est d’avancer au jour le jour dans des actions de fond pour tenter d’améliorer des conditions que ne devraient pas avoir lieu d’être.

« Notre débat continue. On est moins médiatisés, parce qu’on on ne souhaite pas aller dans le sens de la télé-réalité, mais on est toujours aussi connus au niveau de l’opinion publique. On a beaucoup de gens qui nous suivent sur les réseaux. Devenir Ni Putes Ni Soumises c’est une vraie réponse laïque, républicaine et féministe à tout ce qui est en train de se passer dans le monde. Ce féminisme, ce combat, il concerne le monde entier.» 

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