Mounia Wissinger : Life ? Challenge Accepted !

J’ai retrouvé Mounia un vendredi. Météo pluvieuse et soir grincheux étaient de mise cette semaine encore, comme si les Ardennes étaient venues s’installer en région parisienne. De quoi briser le moral des troupes dans les tranchées pré fin d’année, en attendant impatiemment la trêve des fêtes, de noël et de son coin de cheminée.

La morosité imprégnée ne semble pourtant pas avoir d’incidence sur cette grande brune qui porte son sourire comme tout le monde porte son nez au milieu du visage. Il est là en toutes circonstances. Et quand elle ne sourit pas, c’est pour mieux préparer la répartie qu’elle lâchera la phrase suivante, telle une réplique de film savamment travaillée, provoquant autour d’elle l’activation d’un rire en boîte naturel et spontané. Mounia est une des personnes les plus drôles que j’ai eu l’occasion de rencontrer. Faire la promotion d’histoires, c’est son métier. Alors naturellement, elle est aussi douée pour les raconter.

Elle m’emmena au Lulu White, deuxième enseigne de l’équipe du Little Red Door. Les gérants nous accueillirent les bras ouverts en nous offrant une incursion réussie dans une Amérique des années prohibées : musique rétro, décor de circonstance, cartes de cocktails garnies de termes obscures et remplissant la promesse d’une découverte gustative assurée.

Mounia avait fait référence à ce lieu lors de notre dernier déjeuner dans le quartier. Un déjeuner pendant lequel je me souviens m’être époumonée tandis qu’elle me dressait le compte-rendu de deux rendez-vous catastrophiques issus d’une étude comparative entre deux sites de rencontres. Hasard du sort, nous avons croisé ce soir là une de ses amies qui avait donné rendez-vous à sa « date Tinder » au même endroit. Mounia lui avait promis d’être discrète à l’arrivée du jeune homme. Elle l’accueillit d’un énorme « coucou » accompagné d’un salut de Reine d’Angleterre. Tout en discrétion.

Mounia est allemande de par son père et tunisienne de par sa mère. Après avoir fait sa scolarité dans une école française en Tunisie, elle vint s’installer à Paris en entamant des études à Science Po. Elle y apprit l’anglais grâce à des amis irlandais. Ce fut pendant longtemps la norme qu’elle se faisait des dialectes anglophones.

Passionnée de cinéma depuis son plus jeune âge, elle devint attachée de presse dans ce milieu qu’elle adore et adore détester à la fois. Elle qui a toujours eu les Cahiers du Cinéma comme compagnon de route regrette que la critique de film se réduise aujourd’hui parfois trop souvent à un copié collé des dossiers de presse sans véritable prise de position. « A l’époque il arrivait d’avoir des dossiers de fond de cinq page sur un film. Aujourd’hui, tu es content si tu obtiens un mini encart qui te résume brièvement le synopsis ».

Le métier d’attaché de presse dans le cinéma ne déroge pas à la règle de l’adaptation dans des industries où la prescription s’est transformée en listing. Il y a quelques années encore, il y avait 6 films qui sortaient par semaine. Aujourd’hui il y en a 15. Les interlocuteurs pourtant restent les mêmes. Même si les supports de communication se sont multipliés, il apparaît néanmoins que ce sont les mêmes médias et les mêmes plumes qui font la pluie et le beau temps sur l’intérêt d’un projet.

Dans le cas de Mounia qui travaille pour Moonfleet, une agence de relations presse qui fait son fond de commerce dans la promotion de films « d’auteurs accessibles » internationaux (Jim Jarmush, David Lynch, Wes Anderson par exemple) il va s’agir de s’adresser à des supports historiques en presse, en radio et en tv parfois quand le réalisateur ou le casting du film est considéré assez « sexy » pour passer dans un Grand Journal ou dans un JT. L’exercice de la promotion peut s’avérer difficile car là où un réalisateur connu ou un casting prometteur peuvent faire parler d’un film assez facilement dans les médias, il n’en est pas de même pour des projets plus confidentiels qui suscitent un intérêt moins immédiat.

Et même si les salles ne semblent pas désemplir parce que le 7ème art est encore et toujours considéré comme un produit qui fait rêver, la donne a changé. La réussite du lancement d’un film en salle marque dans la plupart des cas la réussite globale du film. Si le film n’est pas relayé et qu’il fait peu d’entrées, le diffuseur n’est pas dans l’obligation de le garder à l’affiche et si peu qu’il y ait un blockbuster qui arrive la semaine d’après, ce dernier n’hésitera pas à le déprogrammer, lui aussi tributaire des entrées qu’il va réaliser.

Le travail de Mounia consiste donc à faire valoir, harmoniser et médiatiser le discours autour d’un film pour en faire la meilleure promotion possible. Intéresser le milieu professionnel dans un premier temps, pour que les porte-paroles de la prescription cinématographique, les journalistes notamment, décident de mettre en avant telle ou telle production dans les médias. La promotion d’un film passe par différents exercices de style incontournables comme les projections presse, les interviews, les junkets, les plateaux télé ou les soirées de lancement.

Le point commun entre ces outils de promotion est une organisation millimétrée et quasi militaire. Le but étant de rendre chaque moment magique, inoubliable ou singulier. Le cinéma doit faire rêver. Les différents interlocuteurs auxquels on s’adresse sont tellement sollicités et les opportunités de les rencontrer tellement minces qu’il va falloir mettre toutes les chances de son côté pour que tout soit parfait. Absolument tout. Ne rien laisser au hasard, quitte à parfois laisser son amour propre au placard le temps d’un événement. Les enjeux sont tellement énormes que Mounia n’hésitera pas une seconde à se transformer en une plateforme de logistique à elle seule pour que personne ne retienne les ficelles d’une mise en scène mais plutôt le rendu une fois le rideau levé.

Des anecdotes sur ce milieu, Mounia en aurait à revendre. Elles sont d’autant plus drôles qu’en sortant ses protagonistes de leur contexte, on en arrive à trouver certaines situations vraiment ridicules. Des doléances tirées par les cheveux, des comportements d’adultes dignes des plus grosses colères enfantines, de l’assistanat poussé à outrance sous prétexte d’une célébrité grandissante. Toutes ces choses qui pourraient venir parasiter un travail cadré mais qui sont néanmoins inévitables dans une industrie où l’excès d’égo est monnaie courante.

Chez Mounia, l’amour du cinéma est trop important pour que ce genre de choses ne l’affectent. Au contraire, cela lui permet de garder les pieds sur terre. Elle a cette capacité à absorber certains codes du petit milieu dans lequel elle évolue tout en s’accrochant au concret et en ayant le recul nécessaire sur la profession. En d’autres termes, Mounia n’est pas seulement intelligente, elle est pertinente. Et pour moi c’est la plus grande intelligence qui soit. Réussir à s’extraire de son propre comportement pour pouvoir analyser un ensemble, discerner les grandes tendances de ce qui constitue un secteur et appliquer les enseignements en les adaptant à sa vie professionnelle.

Sa pertinence, elle la matérialise de façon humoristique sur un tumblr qu’elle a créé. Life Challenge Accepted dépeint le quotidien de Mounia et les travers d’un milieu du cinéma qui se prend peut-être un peu trop au sérieux alors que « ca va, on est pas en train de faire une opération à cœur ouvert ».

Si je devais retenir quelque chose du moment passé avec elle, ce serait justement sa capacité à faire la part des choses quand elle est face à des situations grotesques. Mounia détient une des clés les plus importantes pour avancer dans une vie parfois trop jalonnée de superficialité : se concentrer sur l’essentiel et prendre le reste avec une bonne dose de second degré.

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Découvrir le tumblr de Mounia

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