L’Argentin

Marcos a commencé à me parler sous le préau de la Petite Halle. Je reconnus instantanément la technique ancestrale argentine, les yeux un peu plissés, la voix un peu grave, la bouche suivant exagérément le mouvement de la mâchoire pour faire ressortir ces dents blanches de prédateur. Le regard. Le regard intense sponsorisé par Carte Noire, un café nommé désir.

A la question « quel âge as-tu ? », il m’a demandé si je voulais son âge réel ou l’âge de son cœur. Sortez les mandolines. Sauf que j’ai compris « menteur » au lieu de « mon cœur » et que j’ai tué son effet de surprise. J’ai toujours fui les nationalités se finissant par –ien. Exit les Colombiens, les Mexicains ou les Argentins. Be there, done that, j’ai testé le continent sud-américain en large en long et en travers ; j’ai connu l’apothéose de la connerie sentimentale avec un certain Andres, j’ai perdu mon estime à cause d’un certain Juan, j’ai été secrètement amoureuse d’un certain Gael, j’ai perdu 1 semaine de ma vie avec un certain Pablo, 6 mois avec un certain Jimmy, j’ai attendu pendant 3 ans le baiser d’un certain Manuel et depuis le seul contact que j’ai avec l’Argentine ou quelconque pays où ils ne peuvent pas prononcer correctement un mot qui commence par la lettre S, c’est de la viande de bœuf, du ceviche et de l’aguardiente.

Après avoir fait une remarque sur la longueur excessive de mon menton, Alfonso fit une tentative d’approche par la musique. Monsieur est musicien. Monsieur arrive certainement à pécho en chantant les ritournelles bien trop connues et de ce fait insupportables des Eagles ou d’Oasis. Monsieur s’est dit qu’il allait essayer sur moi et m’a promis que nous chanterions ensemble sur la place du Tertre, là où il se produit régulièrement. La danse du paon pouvait donc commencer, Leonardo se sentait en terrain conquis, il commença par me dire de m’approcher pour me fredonner un air à l’oreille. La caricature du personnage prit vite le pas sur la voix plutôt agréable du caballero. Dix secondes plus tard, c’est comme si il était en train de me lécher le lobe, me balançant sa testostérone au visage, sa main posée sur ma taille, en surjouant des tics de crooner que même Mike Brant n’aurait jamais osé faire.

Après lui avoir dit qu’il risquait de se prendre un coup de menton dans l’œil s’il n’arrêtait pas immédiatement de me susurrer du Manu Chao dans l’oreille droite, il décida de chanter fort, comme à Montmartre, pendant que Thylacine mixait une électro électrisante et que nous étions entourés de gens venus pour une soirée électro donc. Je fus prise par une panique certaine, la peur des moments dont tu n’es pas responsable mais où tu es prise à partie. Je ne voulais pas que quelqu’un me regarde en essayant de me dire : « dis donc tu veux pas lui rouler une pelle à ton Gipsy King pour qu’il ferme un peu sa gueule ? ». J’attendis anxieusement la fin de Clandestino pour amorcer une esquive. Ce fut au moment où il me dit « Maintenant yé vé té chanter oun trouc en anglais ». Je ne mettrai pas ma main à couper mais dans mes souvenirs je cru entendre « Oasis ».

Je lui ai dit que correr était mon destino por no llevar papel, que j’avais perdu mon corazon en la grande babylon, que j’avais des clients à voir et hasta luego, sauve qui po. Ciao Paulo, bonsoir.

 

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