Jean-Paul Favand : le musée des Arts Forains

Il est des rencontres marquantes et atypiques qui opèrent comme une coupure dans l’espace temps de votre quotidien.


Celles qui vous font dire que cela fait trop longtemps que vous aimeriez faire autre chose de votre vie, quelque chose qui lui apporte du sens et de l’esprit. Vivre d’une passion. Et surtout, savoir la communiquer.

Jean-Paul Favand nous a ouvert les portes de son univers sans trop chercher à connaitre nos intentions. Il nous a offert une pause de 5h dans nos vies trop pressées en nous racontant son histoire et celle du musée des arts forains. Amoureux des objets et de leur histoire, il se procura certaines pièces qu’il dû faire rénover par des dizaines de corps de métiers différents. L’appétit de la collection et le besoin d’espace le poussèrent à acquérir les pavillons de Bercy à deux pas du cours Saint Emilion. De lui on apprendra qu’au même titre que Montmartre, Bercy fur un berceau de créativité où des artistes se retrouvaient pour échanger. Aujourd’hui les magasins y sont fermés le dimanche car le quartier n’a pas le statut de zone touristique.

Monsieur Favand nous invita dans son bureau, antichambre représentative de l’excentricité du maître des lieux : bois figuratifs, statuettes, tapis, mobilier de diverses époques. Il s’attachait à rendre encore plus particulier son environnement en plantant le décor des ses convictions et de ses coups de gueule. Les gens ne prennent pas assez le temps disait-il.

Les présentations et motivations étant faites et énoncées, nous pouvions passer aux choses sérieuses. Monsieur Favand nous ouvrit les portes de son univers, accompagné ponctuellement par sa fille animée de la même passion. L’avantage d’un collectionneur est qu’il a ce regard quasi ethnologique sur la place de ses objets, qu’il préférera appeler acteurs, au sein de la société dans laquelle ils ont été créés. C’est ainsi que je compris la dimension sociétale du manège. Les moyens de locomotions, les animaux de la ferme, les animaux exotiques avec la colonisation, les personnages de dessins animés ou de bandes dessinées. Concentrer dans des espaces de récréation les changements d’une société en pleine métamorphose.

L’avantage d’un collectionneur est qu’il a ce regard quasi ethnologique sur la place de ses objets, qu’il préférera appeler acteurs, au sein de la société dans laquelle ils ont été créés.

La plupart de ces monstres mécaniques et de ces oeuvres d’art demandent un travail de restauration énorme. Une artiste peintre était en plein travail pendant notre visite. Elle nous expliqua que la toile qu’elle rénovait était à l’époque un moyen de faire voyager les gens qui ne pouvaient s’offrir le luxe de partir loin.

Certaines pièces du musée ont été sauvées, comme ces grands rideaux de velours rouges qui ont un jour habillé majestueusement un décor du théâtre du Châtelet. Monsieur Favand qui habitait juste à côté vit un jour un homme charger une benne d’éléments de décors du théâtre. Il lui donna 500 francs pour récupérer le contenu et le sauver de la décharge. C’était administrativement trop compliqué de les vendre ou les céder. Alors tout était jeté, la faute aux méandres du bon sens. Il nous raconta que les heures de gloire étaient souvent éphémères et que les icônes redevenaient anonymes les années passant. Certains mannequins du musée Grévin sont vendues quand la célébrité de leurs personnages devient moins évidente. Au musée des Arts Forains, elles trônent, impassibles, en surplombant une grande salle animée d’un orgue automatisé et de jeux de lumières projetées. Ce sont des anciennes stars de cabaret, tombées dans l’oubli, a qui on a offert une nouvelle vie sous les projecteurs.

En continuant la visite, chaque pièce paraissait plus surréaliste que les précédentes, chacune avec son lot d’étrangeté et de beauté fanée. Des automates chanteurs lyriques reprenant des airs d’opéra, des animations visuelles expliquant chaque signe astrologique, un spectacle vénitien mêlant jeux d’ombres et projections, des danseuses de french cancan côtoyant des chevaux de bois suspendus au plafond.

Le clou du spectacle nous fut offert après le déjeuner à la table de Monsieur Favand. Seuls 5% des objets sont exposés dans le musée. Il nous montra les 95% restant, entreposés dans un grand hangar. Nous avons été scrutés pendant toute notre visite par des personnages de manèges alignés sur des étagères. Les rôles s’inversaient : nous étions sur scène, ils étaient les spectateurs.

Les rôles s’inversaient : nous étions sur scène, ils étaient les spectateurs. 

Un peu plus loin, des mannequins de cire, des perruques, des costumes de spectacles et des masques de personnes jadis connues me rappelaient des décors fantasmés de coulisses de théâtre ou de cabaret.  

Le Musée des Arts Forains est avant tout un espace événementiel. Il ouvre néanmoins ses portes lors des journées du patrimoine et une fois par an au moment des fêtes. Ainsi, du 26 décembre au 5 janvier se tiendra le Festival du Merveilleux, durant lequel mimes, acrobates, conteurs, féeries numériques, musiciens et magiciens côtoieront ces acteurs et ces objets sauvés et regroupés par la curiosité et le travail d’un rêveur passionné.

Le Festival du Merveilleux
Du 26 décembre au 5 janvier
de 10h à 18h
Musée des Arts Forains – Pavillons de Bercy
53 avenue des Terrois de France
75012 Paris
http://www.arts-forains.com

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